Fuguer au Portugal en passant par les Flandres.

Loin d’être uniquement une puissance politique et économique, l’Europe, c’est aussi l’échange, la mobilité, la richesse culturelle et humaine. En prenant conscience de notre identité européenne, nous accédons à une pluralité unique et complexe. L’Union européenne reste encore aujourd’hui une notion abstraite que chaque génération façonne à sa manière. Et c’est à cette entité que les élèves de la section « Littérature européenne et société » du Lycée des Flandres d’Hazebrouck tentent d’accéder sous l’impulsion de leur enseignant Guy Fontaine. 

Le 22 mars dernier, la Villa Marguerite Yourcenar accueillait l’autrice et figure majeure de la littérature lusophone Lidia Jorge. Ce soir-là, le texte a pris une autre forme, un autre sens. L’organiste, œuvre écrite pour le CNES (Centre National d’Études Spatiales) pour célébrer « l’Union et l’Espace » a rencontré l’œuvre de Bach, de Haendel ou de Caldera. Lors de la soirée Toccata et Fugue au Portugal, la musique a traversé les frontières pour former un ensemble uni et cohérant avec le texte de Lidia Jorge. Tout comme les voix de la comédienne Marine Foutry, de la soprane Nele Fontaine et le jeu de l’organiste Salomé Gamot ont complété le texte pour offrir au public, venu très nombreux ce soir-là, un exemple d’interculturalité dans le patrimoine culturel européen. Les frontières entre le texte et la musique ont été effacées, et avec elles, le texte a dépassé les frontières physiques entre les nations. Lidia Jorge a fait voyager le public et a ouvert les portes entre les pays de l’Europe à ceux qui ont été happés par son univers littéraire.

Une soirée de partage

Mais cette lecture-concert n’était pas simplement un temps de rencontre entre une autrice et son public, ou un spectacle musical. Si la forme de la lecture-concert était déjà une belle performance, le jeu sur scène a été complété par la participation active  des élèves de la section « Littérature européenne et société » du lycée des Flandres d’Hazebrouck, ce qui a encore renforcé cette envie de partage. « Certains parmi nous avaient, par le passé, déjà rencontré d’autres écrivains […] mais cette fois-ci ce fut différent car vous, Lidia Jorge, n’écrivez non pas pour les jeunes mais pour les adultes même si vos écrits concernent aussi la jeunesse » concluent les élèves dans leurs remerciements. « Ce fut ainsi une nouvelle expérience très enrichissante qui nous a fortement plu. Ce fut, de plus, intéressant de rencontrer une romancière étrangère, qui, par ailleurs, parle un excellent français. […] Bien que vous soyez une grande écrivaine vous avez su rester simple et ainsi nous ne fûmes pas intimidés par votre présence. Encore merci et quand reviendrez-vous en Flandre? » . Ces paroles ont ému Lidia Jorge. Sur scène, entourée des élèves, elle s’est empressée de les féliciter à son tour pour leur travail et l’intérêt qu’ils portent à son texte et pour l’effort qu’ils ont fourni pour le retravailler et en faire cette œuvre vivante. Puis, elle a également remercié les trois artistes sur scène, car elles ont réussi par le chant et l’orgue à transmettre le sentiment portugais et par la lecture du texte à la faire voyager dans sa propre œuvre. Elle s’est ensuite tournée vers l’équipe pédagogique du lycée, et vers parents, qui soutiennent les jeunes dans leur parcours. Et vers le public présent pour le remercier l’accueil qu’il lui a réservé. Puis, elle a pris le temps d’échanger avec ses lecteurs, de leur parler de son pays, le Portugal, d’en dresser le portrait pour donner nous donner l’envie de voyager mais cette fois en traversant des frontières physiques.

Source photo : Louis Monier, Mars 2017

Une nouvelle génération d’Européens

Avec la mise en place de ce enseignement d’exploration unique en France, Guy Fontaine et le lycée des Flandres permettent aux jeunes générations de prendre conscience de leur place dans la société européenne et ainsi d’accéder aux notions de culture et d’interculturalité, si importantes dans la construction d’une grande communauté européenne. Inscrire la littérature européenne au sein des programmes scolaires, c’est la volonté du réseau les Lettres Européennes, et une réponse à la recommandation 1833 de l’Assemblée parlementaire « Promouvoir l’enseignement des littératures européennes ». Les élèves présents à la Villa Marguerite Yourcenar s’accordent à dire qu’il s’agit d’une expérience enrichissante grâce à laquelle ils sont devenus acteurs de leur enseignement et ils ont pris part, à leur niveau, dans le renforcement du lien qui unit la France et le Portugal et ainsi dans la construction des relations interculturelles. La connaissance de l’Europe est bien plus large que les évènements présentés dans les livres d’histoire. Si on se penche sur les recommandations du l’Assemblée parlementaire et sur les travaux du réseau des Lettres Européennes, connaitre l’Europe, c’est connaitre ses voisins, c’est connaitre leurs différences et leurs similarités politiques, économiques mais également culturelles.  Le succès de la soirée du 22 mars nous donne envie de profiter de nouveau de l’expérience, cette fois pour un voyage dans un autre pays européen !

 

B.GORA, avril 2017.

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