Mille ans de vie juive en Pologne

Il devenait urgent de faire le point sur ce la manière dont était abordée, au pays de Lech Wałęsa, la présence millénaire de juifs en Pologne, depuis qu’en 2004, l’adhésion polonaise à l’Union Européenne avait apporté à ses habitants, un sentiment de sécurité qu’ils n’avaient pas connu depuis plusieurs siècles. La littérature témoigne combien ce fut un souffle d’oxygène pour les Polonais, notamment par un véritable foisonnement d’œuvres littéraires abordant le thème juif [L’Usine d’attrape-mouches, A. Bart ; On ne sert pas les Juives, M. Sienkiewicz, H. Krall], où des auteurs parfois très jeunes, donnent enfin libre court à une imagination émotionnellement et intellectuellement éprouvée par une Deuxième Guerre mondiale dont il n’avait pas été possible de parler librement pendant presque un demi-siècle ! D’autres écrivains analysent ce que cela voulait dire « être un juif qui a survécu à la Shoah » lorsqu’on vivait dans une démocratie populaire [A. Tuszyńska ; Michał Głowiński ]. Enfin et surtout purent paraître, sans risques de manipulation, de très émouvants témoignages tel le vieux cahier précieusement conservé de Rutka Laskier, petite Anne Frank polonaise,  [Journal de Rutka, R. Laffont, 2008] ou d’autres encore comme ceux concernant par exemple Irena Krzyżanowska-Sendler qui sauva 2500 enfants juifs  [A. Mieszkowska, Les Enfants d’Irena Sendler]. Il y eut aussi des documents édités [Les Archives Ringelblum, Fayard/BDIC 2007], et des analyses historiques [Nous de Jedwabne, A Bikont].

L’effort convergent du Consulat de la République de Pologne à Lille, de l’Institut Adam Mickiewicz de Varsovie, de l’Association Franco-Polonaise pour la Promotion de la Culture Juive, du Fond social des Juifs Unifiés, de l’association Les Lettres Européennes, de la Société française d’Études Polonaises, du Conseil Général du Nord, du Conseil Régional du Nord-Pas-de-Calais, de la DRAC, de la ville de Villeneuve d’Ascq et de l’Université Charles de Gaulle Lille3 avec ses diverses composantes (Action Culture, UFR ERSO, Laboratoire CECILLE, Service Commun de la Documentation, Communication…) permit une grande exposition « Mille ans de Juifs en Pologne », qui, pendant un mois occupa l’espace de la Bibliothèque centrale et de la galerie des Trois lacs avec des tableaux et des objets précieux, attestation de la présence juive en Pologne.

Il offrit également plusieurs soirées au consulat de la République de Pologne à Lille où furent projetés les films polonais récents qui illustrent les nouvelles voies empruntées par la réflexion sur le passé juif polonais du XXe siècle. Celui tourné en 2005 par la metteur en scène et scénariste Małgorzata Imielska, Powiedz mi, dlaczego? [Dis-moi pourquoi] récompensé de nombreux prix (notamment, en 2007, celui du Worldfest Independent Film Festival de Houston) ; Dworzec Gdański [la gare de Gdańsk], le documentaire et tourné en 2007 par Maria Zmarz Koczanowicz et l’historienne Teresa Torańska  sur l’émigration provoquée par les purges politiques de 1968 ; Miasteczko Kroke [le village Kroke], une évocation du monde juif disparu de Cracovie réalisée, en 2007, par Natalia Schmidt et Kuba Karyś ; Po-Lin de Jolanta Dylewska monté en 2008 avec les très émouvantes images des villages juifs disparus retrouvées dans les archives de touristes américains venus en Pologne dans l’entre-deux-guerres ; Karuzela [le manège] que l’on doit en1999 à Michał Nekanda-Trepka) et qui rappelle le manège installé par l’occupant allemand sous les murs du ghetto de Varsovie en 1943 ; Polak w szafie [Un Polonais en coulisse] d’ Artur Żmijewski, un documentaire de 2006 qui reprend le débat suscité par la présence des tableaux de Charles de Prévôt présentant des crimes rituels dans la cathédrale de Sandomierz.

Il rendit enfin possible deux journées d’études à la Maison de la recherche au cours desquelles neuf universitaires retracèrent les points essentiels de la judaïté polonaise en y apportant les données des travaux récents. Leurs communications furent suivies de discussions particulièrement riches avec un public estudiantin nombreux et très intéressé. Le lecteur trouvera dans ce volume 60 de Tsafon, les articles les plus novateurs issus de ce symposium.

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