Souffrance et littérature

Sous ce titre seront regroupés quinze articles sur des œuvres et des auteurs connus ou moins connus :

Dans la taïga, j’avais un petit sentier merveilleux. […] Mais le troisième été, un homme emprunta mon sentier. Il laissa la trace lourde de ses bottes. Dès lors, la poésie déserta mon sentier. J’ai maintes fois tenté d’écrire une poésie sur mon sentier, je n’y suis jamais parvenu. Varlam Chalamov

Andrei Siniavski, dans sa préface aux Récits de Kolyma, raconte une légende qui faisait vivre les « zeks ». Ces prisonniers soviétiques du Grand Nord qui n’existaient plus au monde, surmontaient leur souffrance en évoquant l’histoire (imaginaire ?) de leurs aînés – déportés d’une génération concentrationnaires antérieure -, qui seraient parvenus à donner de leur nouvelles au monde en se coupant les mains pour les cacher dans un chargement de bois précieux à destination de l’Angleterre. Car l’homme tel une pousse d’herbe écrasée sous la botte, ne se relève-t-il pas par la parole, même quand   tel Chalamov, il n’arrive plus à la prendre comme il le voudrait ?

Au camp de Ravensbrück aussi, la littérature était une raison de vivre parce qu’elle était espérance : Milena Jasieńska et moi, nous étions promis que celle qui survivrait raconterait, écrit Margarete Buber-Neumann pour expliquer comment, avec son amie, elles tentèrent de surmonter le cauchemar concentrationnaire.

La littérature est témoignage, elle adoucit la souffrance de la mort : De nous ne resteront que quelques feuillets au coin d’une table, soupire le poète Kamil Baczyński qui ne survit pas à l’insurrection de Varsovie.

La littérature est aussi un acte de résistance consciente. Raconter Proust au camp de prisonniers en Russie (Józef Czapski) ou réciter Dante au camp en Allemagne (Primo Levi) sont autant d’affirmation d’un combat contre la souffrance imposée par la barbarie.

Conceptualiser sa situation et penser au livre qu’il écrirait, fut ce qui permit à Kazimierz Moczarski, résistant condamné à mort par les communistes, de surmonter le partage de la cellule du nazi Jürgen Stroop qu’il a combattu toute la guerre. Car il s’agit bien de pour l’homme de comprendre comment va le monde résume Alain Finkielkraut dans la préface de son livre Un cœur intelligent :Au sortir d’un siècle ravagé par lé méfaits des « bureaucrates », c’est-à-dire d’une intelligence purement fonctionnelle, et des « possédés », c’est-à-dire d’une sentimentalité sommaire, binaire abstraite, souverainement indifférente à la singularité et à la précarité des destins individuels, […] le grâce d’un cœur intelligent nous serait à jamais inaccessible sans la médiation de la littérature.

Par ailleurs, la littérature n’est-elle pas souvent l’ultime baume pour onguenter les plaies de l’oppression affirme Simone Weil, La Pesanteur et la Grâce.

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