Texte de Manon

Le professeur, les élèves et les cours

Le professeur dit à l’âne: « Je doute… Je ne suis plus sûr d’être fait pour ça… ou alors si, seulement pour tous les moments cocasses, inoubliables… Mais la transmission du savoir, tout ce tralala, quel intérêt ? »

L’âne, perplexe, regarda le professeur sans bien comprendre.

- Mais… commença-t-il.

- Oui, je sais, dit le professeur d’un ton résigné. Tout le monde me dit la même chose : « Vous ne voyez plus l’intérêt d’enseigner ? Mais que faites-vous encore devant les élèves? ». Moi, je vais vous répondre. Je passe le temps, je m’amuse, j’observe le comportement des jeunes, je tente de me revoir au même âge, et puis je n’y arrive pas… Finalement, je me décourage…. »

L’âne, un peu perdu, rétorqua : « Mais la vocation, l’envie de faire passer quelque chose, un savoir? »

Le professeur regarda l’âne, amusé par tant de naïveté.

« Vous y croyez encore, vous, à la vocation des professeurs? Balivernes! Ce qui nous tient, c’est de voir l’idylle naissante entre Lola et Léo, la surprise le jour où Florent a fait le travail demandé et l’amusement de ses camarades guettant ma réaction, les veilles de vacances et la frénésie des goûters, rire avec la classe lorsque l’on comprend que Florent n’a pas eu le choix, entre la douche et les devoirs : our une fois, il a choisi la seconde option…. »

Le professeur s’emballait, mais l’âne restait coi… Ainsi donc, les professeurs n’enseignaient plus par envie… Ils enseignaient pour passer le temps… Il dit alors :

« Votre désinvolture ne pose-t-elle pas problème aux élèves?

- Ma désinvolture? s’étonna le professeur. Mais enfin, pour une fois, ils vont en cours heureux et libérés ! Pas de pression ! Certes, une petite interrogation de temps en temps, histoire de faire illusion et de montrer que, malgré tout, je leur apprends quelque chose, des fois qu’un sacro-saint inspecteur viendrait à me visiter… Mais moi, je les rends vivants, mes élèves… Ils s’expriment, ils peuvent enfin être eux-même… »

L’âne, pensif, commençait à croire que ce professeur était un sacré personnage… Mais en réfléchissant, il vit toute la portée éducative de ce discours peu académique. Un professeur, heureux de partager un moment avec ses élèves, ne pensant pas à les changer, mais ayant choisi de s’amuser dans sa manière d’enseigner… Cela valait peut-être le coup de s’y attarder.

C’est alors qu’il vit arriver, près de l’étable, une nuée de jeunes gens calmes, posés et bien élevés qui saluèrent leur professeur. Le plus grand d’entre eux vint demander au professeur s’il pouvait leur faire un cours express afin de leur expliquer quelque chose dont l’âne n’a pas très bien compris le nom… Tous s’installèrent et se mirent à écouter le professeur.

« Aujourd’hui, vous m’avez demandé de vous expliquer ce qu’est le quadrivium… »

C’est alors que le professeur entama un long cours sur ce simple mot. L’âne s’esclaffa, constatant que le discours et la pratique étaient bien différents. Où était donc passé l’amusement ?

Puis il observa longuement la scène et constata que le seul qui s’amusait était bien le professeur…

Manon

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