trois outils institutionnels au service d’un canon littéraire commun Sibylle Goepper*

Le Manifeste pour l’enseignement des littératures européennes,

le manuel Lettres européennes et le Prix européen de littérature :

trois outils institutionnels au service d’un canon littéraire commun

Sibylle Goepper*

Les 2 et 3 mai 2005[1], plus de 800 personnalités, artistes et ministres de la Culture de l’Union européenne réunis à Paris signaient une Déclaration en faveur d’une charte pour l’Europe de la culture dont voici les premières lignes :

Nous, représentants d’États membres de l’Union Européenne, convaincus que la culture est à l’origine de l’Europe dans laquelle nous vivons et qu’elle représente une dimension fondamentale de l’identité et de la citoyenneté européennes, nous engageons à faire de la culture une priorité de la construction européenne.

Nous réaffirmons que la culture contribue également au développement économique, à l’emploi et à la cohésion sociale et territoriale, ainsi qu’au rayonnement de l’Europe dans le monde.[2]

Si l’on en croit ces propos, culture et littérature constitueraient un enjeu fondamental pour la construction de l’Union. Pourtant, aujourd’hui encore, de nombreux observateurs s’accordent à dire que la politique culturelle communautaire reste bien timide. Pour s’en convaincre, il suffirait de se pencher sur les budgets plus que modestes alloués au cours des dernières décennies aux programmes destinés à développer la coopération entre pays européens dans le domaine[3].

Que la culture soit le parent pauvre de l’institution européenne est en partie dû à son histoire qui s’est en premier lieu construite à travers des relations économiques, puis des institutions politiques. En effet, il faut attendre les traités de Maastricht en 1992, puis d’Amsterdam en 1999 afin que soit créée la base juridique dotant l’Union de réelles compétences sur ce terrain[4]. Ce retard tient sans nul doute également à la difficulté de légiférer en la matière. Celle-ci a son origine dans la réticence des États qui craignent bien souvent qu’une politique commune ne porte atteinte à leur intégrité culturelle – autrement dit à l’identité nationale[5]. Souligner les convergences, unifier sans uniformiser, telle est donc la quadrature du cercle à laquelle l’article 128 du Traité de Maastricht tente de parvenir, lorsqu’il stipule que la Communauté doit contribuer « à l’épanouissement des cultures des États membres dans le respect de leur diversité nationale et régionale, tout en mettant en évidence l’héritage culturel commun »[6]. Pourtant, même après le Traité de Nice de 2001, la majorité des compétences dans le secteur culturel appartient toujours aux États, tandis que l’Union européenne ne peut intervenir que par des actions d’appui[7]. Si l’on peut se réjouir au premier abord de ne pas assister à une harmonisation par le haut des politiques culturelles nationales, le caractère non contraignant des initiatives émanant de l’Union, ainsi que les principes d’unanimité et de subsidiarité constituent incontestablement un frein au développement d’une action commune, voire à l’émergence de l’idée même de « culture européenne »[8].

Or devant la panne que connaît le processus de construction européenne depuis le rejet par la France et les Pays-Bas du projet de Constitution en 2005, il semble plus que jamais indispensable de lui insuffler une nouvelle dynamique et ce, non plus au plan exclusivement économique, mais également grâce à l’émergence d’une citoyenneté européenne. Interrogé à ce sujet, Bronislaw Geremek, ancien ministre des Affaires étrangères polonais, estimait que « la culture en Europe a certes besoin d’une politique de l’Union européenne, mais l’Union européenne a beaucoup plus besoin de la culture pour refonder son projet »[9]. La fonction fédératrice évoquée ici révèle une vision selon laquelle la culture n’est pas considérée comme une valeur en soi, mais comme un instrument de développement au sein de la société civile, au même titre que le progrès social ou économique. Dans ce cadre, elle a pour fonction de garantir la cohésion de la société et la durabilité de la vie communautaire[10]. On voit donc comment les politiques culturelles sont parfois mises au service d’objectifs qui ne sont pas du même ordre.

Devant l’urgence de promouvoir une véritable connaissance et un réel dialogue entre les peuples, de susciter l’adhésion à des valeurs et à des symboles auxquels les populations puissent s’identifier, l’institution se doit de mettre en place des instruments efficaces. De multiples exemples témoignent de cette volonté[11]. Notre étude se concentrera pour sa part sur trois outils consacrés à la définition et à la promotion d’un canon littéraire commun : il s’agit tout d’abord du Manifeste pour l’enseignement des littératures européennes[12], suivi du projet de recommandation de la Commission Legendre[13]. Vient ensuite l’ouvrage Lettres européennes[14] de Guy Fontaine et d’Annick Benoît-Dusausoy. Il sera pour finir question du Prix européen de littérature[15] décerné depuis 2006 par la ville de Strasbourg.

Le Manifeste pour l’enseignement des littératures européennes a été rendu public par son auteur, Guy Fontaine, lors de la deuxième édition du Festival pour la littérature de jeunesse FELJEU. Cette manifestation trouve sa source dans un projet émanant du réseau Comenius 3 EWHUM (European Humanism in the world) qui préconise « l’introduction et le renforcement de la dimension humaniste dans les systèmes scolaires européens » ainsi que « la détermination de valeurs culturelles universelles pour la formation du citoyen européen »[16]. Pour ce faire, ses promoteurs entendent « cibler les rapports des jeunes européens (lycéens et étudiants) avec le livre et la lecture », notamment à l’aide d’enquêtes menées dans les différents pays de l’Union[17], de même que « sonder les lectures proposées dans les institutions scolaires et académiques pour vérifier s’il y a un « canon » (référence) européen de textes ressentis comme « indispensables » pour la formation du jeune européen ». C’est dans ce cadre que Guy Fontaine livre les conclusions d’un colloque organisé par la Commission « Culture, Science et Education » de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe[18] au cours duquel de multiples intervenants (universitaires, pédagogues, écrivains, traducteurs, éditeurs, bibliothécaires ou institutionnels) se sont accordés sur le caractère indispensable et urgent d’un enseignement des littératures européennes, tout en laissant – et c’est peut-être là que le bât blesse – la réflexion sur ses modalités ouverte[19].

Quels sont les objectifs affichés par le manifeste ? Dès les premières lignes, l’auteur souligne le rôle primordial joué par la littérature dans la constitution d’une identité citoyenne riche, tolérante et ouverte sur l’extérieur. En effet, il ne s’agit en aucun cas de remplacer le nationalisme d’Etat, auquel l’enseignement littéraire a selon lui largement participé dans le passé, par un nationalisme européen. Il faut au contraire dépasser le strict champ des références nationales sans pour autant « européaniser l’enseignement littéraire », autrement dit, l’uniformiser. La diversité des littératures doit donc être respectée, tout en favorisant la prise de conscience par les Européens qu’ils sont unis de facto par un héritage commun.

Différents déficits sont ensuite mis en lumière. D’après l’auteur, ils concernent non pas la création artistique, mais en premier lieu la transmission du patrimoine. Dans ce domaine, en tant que vecteur premier de la diffusion d’une œuvre, la traduction est un outil central. Or, force est de constater qu’un profond déséquilibre règne encore entre les quelques littératures largement traduites et les nombreuses autres, quasi inconnues car peu répandues. La responsabilité en reviendrait aux passerelles encore trop rares entre maisons d’édition, ainsi qu’aux obstacles économiques ou juridiques qui perdurent. Le manifeste pointe enfin de sérieux manques en matière d’outils pédagogiques et de formation des enseignants, de même que l’absence de modules « lettres européennes » dans l’enseignement secondaire et de chaires de « littérature européenne » à l’université. Le point de vue défendu par le manifeste peut ainsi être résumé en une formule : pour être transmise, la littérature doit être traduite, éditée, commentée et enseignée.

Quelques semaines auparavant, le 17 avril 2008, la Commission de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, avec à sa tête le Sénateur du Nord-Pas-de-Calais Jacques Legendre, adoptait à l’unanimité un projet de recommandation intitulé : « Promouvoir l’enseignement des littératures européennes ». Au nombre des préconisations, on trouve de nombreux éléments déjà cités, de même que des propositions concrètes. Ainsi, le préambule rappelle la conviction des membres de la Commission que l’apprentissage d’autres langues allié à la découverte des littératures européennes contribuera à la formation d’une citoyenneté européenne. C’est afin d’œuvrer dans ce sens, qu’il convient d’adopter une approche transversale du patrimoine européen et de donner « chair et verbe à ce que huit cents millions d’habitants considèrent trop souvent comme une simple ossature administrative, dotée d’un langage strictement rhétorique et technocratique »[20].

La finalité n’est cependant en aucun cas d’enseigner un canon supranational « eurocentrique ». Il s’agit au contraire de dépasser définitivement la ligne de partage entre « grandes » et « petites » littératures et de reconnaître non seulement la contribution mais aussi la perméabilité de la littérature de notre continent à la circulation mondiale des idées, notamment en pratiquant l’ouverture à l’égard des littératures extra-européennes. Il est d’autre part recommandé de soutenir la traduction des textes anciens et contemporains, en particulier des chefs d’œuvre des littératures européennes, de et vers les langues en usage en Europe, avec une attention particulière portée aux langues de moindre diffusion[21]. L’accès aux littératures européennes passe en outre par la démultiplication de la production et de la traduction littéraires sur tous supports. Dans ce contexte, l’instrument numérique fait naître un grand espoir[22]. Des sites informatiques sur lesquels tous les citoyens d’Europe trouveraient textes, bibliographies, histoires littéraires, parcours pédagogiques, liens Internet doivent d’urgence être dédiés au patrimoine littéraire européen.

Enfin, le document de travail de la Commission prône la transmission des littératures européennes par le biais de programmes à tous les niveaux du système éducatif, le but ultime étant d’en faire une discipline au sein de la famille des sciences humaines. Dans ce cadre, on tient également compte de l’aspect pratique de l’enseignement : les anthologies et les manuels créés doivent non seulement être adaptés aux différentes étapes de la scolarité des élèves et des étudiants, mais également aux habitudes pédagogiques en vigueur dans les divers pays européens. Là encore, on se garde d’être par trop intrusif : s’imprégner des différentes traditions d’enseignement présentes au sein de l’Union ne consiste pas à nier les usages nationaux. Chaque professeur européen doit au contraire s’ouvrir aux pratiques pédagogiques de ses voisins, sans chercher à établir un palmarès quant à l’efficacité des unes et des autres[23].

L’idée de communauté dans la diversité est, on le voit, centrale dans le projet, de même que la volonté de dé-hiérarchiser les littératures. On peut malgré tout se demander si certaines d’entre elles pourront effectivement dépasser leur statut « minoritaire » ou s’il ne s’agit pas là d’une difficulté insurmontable. Ainsi, Lluis Bonet et Emmanuel Négrier voient dans la promesse de maintien d’une diversité culturelle formulée par l’Union européenne un tour de passe-passe destiné à rassembler un maximum d’individus autour d’un slogan « mou », capable de mettre tout le monde d’accord mais difficile à mettre en œuvre concrètement[24]. La Commission Legendre fait preuve d’une prudence semblable lorsqu’elle indique que l’enseignement des littératures européennes sera dispensé parallèlement aux enseignements nationaux. De même, le glissement sémantique du singulier au pluriel entre le manifeste et le projet de recommandation – Guy Fontaine parle de « la » littérature européenne, tandis que le texte officiel rédigé sous l’égide de Jacques Legendre évoque « les » littératures européennes – en dit long sur la volonté de ménager les susceptibilités nationales[25]. Ces formulations précautionneuses tiennent compte de la situation actuelle de l’Union qui, au cours de la dernière décennie, s’est étendue à l’Est. En effet, il n’est guère surprenant qu’après avoir été longtemps les satellites de l’URSS, les pays entrants redoutent l’assimilation à une société supranationale qui risque de faire concurrence à une identité nationale en cours d’affirmation[26]. C’est entre autre ce que révèlent les études réalisées auprès des populations de cette partie de l’Union : si l’idée d’un « trésor commun » européen que l’on souhaite transmettre aux nouvelles générations y est présente, elle existe néanmoins dans des proportions fort différentes des pays occidentaux[27]. Signalons pour finir un dernier écueil, à savoir le statut même de la recommandation Legendre : quand bien même elle serait discutée et votée solennellement, elle n’est, comme son nom l’indique, qu’informative et incitative. Or l’absence de caractère contraignant pour les États rend l’espoir de voir ses principes appliqués bien maigre.

Ces différents aspects ne disent cependant rien au sujet d’un « canon littéraire européen » en tant que tel, point d’interrogation que s’emploie à lever le manuel Lettres européennes. Avant les initiatives citées précédemment, Guy Fontaine et Annick Benoît-Dusausoy avaient en effet proposé en 1992, puis en 2007 un outil afin d’aider les citoyens à parfaire leur culture littéraire européenne[28]. Rédigé par une équipe de 200 universitaires et écrivains venus de toute l’Europe géographique (et non de la stricte Union européenne puisque 35 pays figurent au sommaire de l’ouvrage[29]), ainsi que par une trentaine de traducteurs, les 800 pages du manuel Lettres européennes entreprennent en premier lieu de combler une lacune en fournissant aux étudiants un instrument pédagogique adapté, autrement dit une proposition concrète de canon. Conformément aux principes énoncés plus haut, il s’agit de mettre en relief les liens, évidents ou sous-jacents, qui donnent une certaine unité à la création en Europe du Haut Moyen Âge au début du XXIème siècle. Les mots « héritage » et « patrimoine » nous placent davantage dans l’optique du passé que de l’avenir : les populations doivent prendre conscience que l’identité européenne est bien réelle et qu’il s’agit de se la réapproprier et non de la faire émerger ex nihilo. Pour autant, la présentation ne se veut pas uniformisante. Elle entend tenir compte des différences entre pays, en s’attardant sur ce qui s’est écrit uniquement à un endroit donné et à une époque précise : un principe qui répond bien à l’objectif de « communauté dans la diversité ».

Le premier chapitre du manuel traite des multiples héritages des lettres européennes, des plus admis (gréco-latin, judéo-chrétien, byzantin) aux plus contestés (celtique ou arabo-andalou). Le souci d’ouverture à l’international manifesté précédemment est également présent avec l’évocation des influences extra-européennes (venues d’Asie et d’Afrique méditerranéenne entre autres, mais résultant aussi des différentes phases du colonialisme). Par la suite, la chronologie présente quelques aménagements des habitudes nationales. En effet, si cette dernière reprend dans la plupart des cas le découpage en grandes périodes (Moyen Âge, Humanisme, Renaissance) tel que nous le connaissons en France, elle en diffère par moments : Renaissance en Italie et Renaissance dans les autres pays sont séparées, tandis que la période « Fin de siècle », qui concerne plus particulièrement l’Allemagne et l’Autriche, fait l’objet d’une section complète qui constituera probablement une découverte pour le public non germaniste.

Ceci tient en grande partie à la volonté de Guy Fontaine. Partant de l’idée que les habitus nationaux en matière de littérature sont communs à 90 %, ce dernier plaide en faveur d’une approche non dogmatique qui accorde une place aux 10 % restants. Dans la mesure où les équipes de traducteurs disposent d’une importante marge de manœuvre, les versions actuellement en circulation dans les autres pays de l’Union[30] n’hésitent pas à s’éloigner de l’original : le volume en cours aux Pays-Bas consacre plusieurs pages à la seule littérature néerlandaise ; l’édition polonaise choisit de mettre au premier plan non pas le Victor Hugo romancier des Misérables, mais le poète des Contemplations, inconnu du public parce non traduit jusqu’ici en Pologne. L’une des vocations des Lettres européennes consiste donc à faire découvrir par les lecteurs des pays voisins, outre des traditions originales et des auteurs nationaux majeurs, les facettes ignorées de l’œuvre de certains artistes[31].

En ce qui concerne la présentation de l’héritage commun, chaque chapitre de la version française de l’ouvrage débute par un « tour d’horizon » qui analyse la situation de la littérature en Europe à un moment donné de son histoire. Il est suivi de l’étude transversale d’un genre littéraire (l’épopée, la nouvelle, le récit de voyage…) qui a pris naissance ou a fait florès à cette époque dans plusieurs pays. On retrace enfin un parcours individuel dans la rubrique « auteurs phares » (titre inspiré par Baudelaire) qui entreprend de souligner la filiation et la paternité d’écrivains qui ont marqué non seulement la littérature dans leur langue, mais également la littérature européenne.

Afin de vérifier si cette mise en œuvre correspond aux intentions affichées dans le manifeste, il convient à présent de déterminer si l’on nous propose un canon « inclusif », qui additionne les différents canons nationaux, ou un canon « exclusif », qui opère une sélection. L’étude de l’index des collaborateurs par pays et des sujets dont ils ont été en charge révèle que sur 35 pays figurant au sommaire, 14 ne sont cités que pour un auteur et ce dans l’ultime chapitre du manuel portant sur les perspectives actuelles[32]. Avec 11 et 12 périodes traitées par un spécialiste respectivement français et allemand (allant de la Genèse des lettres européennes à la période 1968-2007 d’un côté et du XIIIème siècle à la période 1992-2007 de l’autre), avec 11 et 9 écrivains évoqués, la France et l’Allemagne sont incontestablement les pays les plus présents. Viennent ensuite dans l’ordre décroissant le Royaume-Uni, l’Italie, l’Espagne, la Belgique néerlandophone, le Portugal, la Grèce/Chypre, la Russie, la Belgique francophone, le Danemark et la Scandinavie. C’est sans nul doute l’adéquation avec les directives de l’Union européenne, d’après lesquelles l’héritage commun doit être mis en avant, qui explique que la Russie – qui n’est pourtant pas membre de l’Union – soit en bonne position. En revanche, on pourra s’étonner de l’absence de l’Autriche dont aucun spécialiste n’a participé au volume, même si Thomas Bernhard et Elfriede Jelinek sont cités[33].

Quelques mots à présent sur le canon « franco-allemand » proposé. Les auteurs hexagonaux retenus sont : Thomas d’Aquin, Abélard, Rabelais, Montaigne, Sade, Rousseau, Voltaire, Victor Hugo, Baudelaire, Jean-Paul Sartre et Sylvie Germain ; les auteurs d’Outre-Rhin sont quant à eux représentés par Walther von der Vogelweide, Luther, Goethe, Heinrich Heine, Franz Kafka, Thomas Mann, Bertolt Brecht, Peter Handke et Patrick Süskind. Pour ce qui est de la partie allemande, nous avons comparé les écrivains sélectionnés au canon représenté par la sculpture géante en forme de pile de livres exposée devant l’opéra de Berlin en 2006. Dans un deuxième temps, nous nous sommes servi des résultats d’une enquête menée auprès des enseignants d’allemand de l’académie de Lyon par Ingeborg Rabenstein-Michel[34]. Il s’est alors avéré que la sélection de Lettres européennes correspondait en grande partie aux vues en la matière valant de part et d’autre du Rhin, un état de fait qui favorisera sans doute l’identification des enseignants avec le contenu à transmettre[35]. En ce qui concerne le canon français, on est frappé par la forte représentation des penseurs et philosophes face aux romanciers, dramaturges et poètes. Ceci correspond sans nul doute à l’image de la France, pays des Lumières et des Droits de l’homme, on se serait néanmoins attendu à ce que figurent aussi parmi les « classiques » français Molière, Honoré de Balzac, Arthur Rimbaud, Marcel Proust ou encore André Gide.

Bien que constituant une avancée notable par son envergure et son érudition, Lettres européennes fait indéniablement la part belle au patrimoine littéraire des nations dominantes au sein de l’Union : ce sont en effet les pays fondateurs et le noyau dur de l’Europe qui sont les plus représentés et ce, alors même que les canons transnationaux proposés ne sont pas totalement satisfaisants – ce qu’il ne pourront sans doute jamais être, il faut en convenir. Il ne saurait naturellement être question de mettre au même niveau des pays dont le rayonnement culturel n’est objectivement pas d’égale importance, néanmoins, on peut pressentir que les nations dites « petites » ne renonceront pas à donner la priorité à la littérature nationale dans leur enseignement. De plus, quoique l’ouvrage fasse preuve de pédagogie, ce canon européen paraît relativement peu « maniable » dans le système scolaire, surtout à des niveaux inférieurs. Afin d’être transmis, il faudrait sans doute que des groupes de travail transnationaux parviennent à se mettre d’accord pour le réduire. Or, dans la mesure où les programmes scolaires restent du domaine de compétence de l’Etat, le défi ne semble pas facile à relever.

Tandis que l’ouvrage de Guy Fontaine s’emploie en premier lieu à transmettre un patrimoine, un héritage, autrement dit qu’il s’oriente vers le passé pour mieux construire l’avenir, le Prix Européen de Littérature créé en 2006 entend contribuer à une meilleure connaissance mutuelle des peuples européens à travers de grandes figures littéraires contemporaines. Son jury, composé d’écrivains, de traducteurs, d’éditeurs et d’universitaires, entend ainsi donner un visage à chaque pays d’Europe. Parrainé par la ville et la communauté urbaine de Strasbourg, placé sous le haut patronage du Conseil de l’Europe et soutenu par le ministère des Affaires Étrangères et Européennes, la remise du prix et les manifestations qui l’accompagnent sont organisés chaque année en étroite association avec les institutions culturelles et les représentations diplomatiques du pays distingué. Dès l’origine, les éditions alsaciennes Arfuyen, créées en 1975 par Gérard Pfister, ont été associées en tant qu’éditeur partenaire à la création de ce prix. A ce titre, elles éditent chaque année un texte original du lauréat en français (en version bilingue pour les poèmes), tandis que son traducteur se voit attribuer une bourse. Deux remarques peuvent être faites à ce propos : les informations en langue française disponibles en ligne proviennent généralement de la maison d’édition Arfuyen, signe que cette dernière réalise un travail de diffusion précieux afin de faire connaître les auteurs récompensés. On peut ensuite souligner que les nationalités des lauréats du prix ne correspondent pas au classement « canonique » évoqué précédemment. Ceci paraît être la preuve que ce volet institutionnel individuel, dédié à une personnalité singulière vivante, vient compléter de manière heureuse le volet collectif des Lettres européennes davantage appuyé sur le patrimoine littéraire national.

Peut-on établir un profil des auteurs primés ? Les traductions françaises disponibles aux éditions Arfuyen, ainsi que les avant-propos et notices bibliographiques fort instructives qui les accompagnent permettent effectivement de dégager quelques traits communs. Le premier est d’ordre générationnel, puisque les cinq auteurs primés sont nés entre 1920 et 1932. Leur âge indique qu’ils sont dans la phase ultime de leur carrière, ce qui explique qu’ils soient consacrés dans leur pays : l’Espagnol Antonio Gamoneda connaît la reconnaissance depuis le milieu des années 1980 et s’est vu remettre en 2006 (après avoir obtenu le Prix européen) deux récompenses très prestigieuses : le Prix Cervantès et Prix de la Reine Sofia. Le Finlandais Bo Carpelan est quant à lui considéré comme le principal poète et romancier issu de la minorité d’expression suédoise. Il a obtenu deux fois le prix Finlandia, équivalent du Goncourt, et celui du Conseil Nordique, sorte de Nobel septentrional. Tadeusz Rozewicz est, depuis 1960, l’auteur de douze recueils de poèmes qui ont tous connu un fort succès. Il a plusieurs fois été pressenti pour le Prix Nobel de littérature et a reçu en 2000 le Prix Nike, la plus haute distinction polonaise. Membres des Académies les plus prestigieuses d’Allemagne, Tankred Dorst est reconnu depuis les années 1960. Il est l’un des auteurs contemporains les plus joués sur les scènes allemandes et a obtenu au fil de sa carrière plus de vingt distinctions. Enfin, unique femme figurant au palmarès, Kiki Dimoula a obtenu pour son œuvre poétique le Second et Premier prix d’État en 1971 et 1989. Elle est également devenue membre de l’Académie grecque en 2002[36].

On ne rencontre pas d’unité de genres et de formes chez ces artistes[37]. En revanche, il ressort de leurs déclarations qu’ils se revendiquent comme le produit de composantes historiques et biographiques : Gamoneda se dit déterminé dans son enfance par sa pauvreté, sa rare fréquentation de l’école publique et par la contemplation de la cruauté et de la misère morale régnant autour de lui[38]. Carpelan a également gardé en mémoire son enfance pauvre et difficile, ainsi que la conscience du malheur intime et de l’injustice sociale[39]. Il en va de même pour Rozewicz[40]. L’imagination pure n’est pas à la source de l’écriture chez ces auteurs. Cette dernière naît en premier lieu de l’examen et de la transformation du réel. Ainsi, bien qu’ayant été vécue de manière plus ou moins directe et parfois depuis des positions opposées, l’une des expériences communes déterminante est celle de la Seconde Guerre mondiale : Gamoneda connaît la guerre civile de l’après-guerre militarisée sous Franco, Carpelan se dit très marqué par les bombardements d’Helsinki, Rozewicz a été membre de la résistance polonaise. Dorst est quant à lui appelé en 1944 par la Wehrmacht et envoyé sur le front ouest où il est fait prisonnier par les Anglais. Ses traducteurs estiment qu’il participe depuis lors à sa façon « au profond examen de conscience de l’Allemagne d’après-guerre »[41] tel qu’il a été mené par Heinrich Böll, Günter Grass ou encore W.G. Sebald.

Malgré tout ce qui les sépare, les écritures primées sont caractérisées par leur probité, leur morale : à propos de Rozewicz, il est question de préoccupations esthétiques, mais également éthiques. On évoque sa droiture en dehors de tout dogme. Dorst est caractérisé par son honnêteté foncière, sa volonté de se tenir droit et à dire en toute franchise « voilà comment cela s’est passé »[42]. Dans le cas de Carpelan, on assiste à une définition de son activité qui rappelle fortement l’autonomie artistique telle qu’elle a été décrite par Pierre Bourdieu[43] : « Ce qui importe, c’est qu’il [l’auteur] ne fasse pas de compromis avec sa propre direction. Dès qu’un écrivain se demande : Que va-t-on penser de ce que j’écris ? il commence à sous-estimer à la fois son lecteur et son propre travail »[44]. Gamoneda est enfin présenté comme un exemple d’indépendance vis-à-vis de l’institution et du pouvoir franquiste. Il apparaît qu’à travers ces figures, c’est la communauté de destin des Européens parallèlement à la trajectoire nationale qui est mise en valeur, perspective qui répond aux attentes formulées par le groupe de travail sur la culture et le développement mandaté par le Conseil de l’Europe en 1998[45]. Elle est également proche de la définition proposée par Frédéric Ogée selon laquelle la culture européenne « ce serait à la fois une histoire, une méthode, et une éthique »[46], caractérisée par la capacité à provoquer et traverser des cataclysmes, mais aussi à les dépasser.

En définissant et promouvant un canon littéraire transnational à travers le patrimoine collectif d’une part, des individualités emblématiques contemporaines d’autres part, les trois outils institutionnels étudiés s’emploient incontestablement à renforcer la conscience et le sentiment d’appartenance à une culture commune en Europe. En ce sens, ces initiatives sont cohérentes les unes avec les autres. Cependant, que le canon envisagé soit exclusif ou inclusif, on se heurte à de sérieuses difficultés au moment de l’élaborer : dans le premier cas, on transmet un canon qui reprend les hiérarchies préexistantes entre littératures majeures et mineures, dans le deuxième cas, on se trouve face à une masse de connaissances à acquérir au sujet des littératures européennes qui semble difficile à surmonter. Quant à la transmission de ce canon, elle ne paraît pas moins problématique dans la mesure où les cercles académiques restent frileux face à l’apparition d’une spécialité transcendant les frontières des champs disciplinaires traditionnels[47]. Il ne fait donc pas de doute que l’introduction à grande échelle de dispositifs destinés à enseigner la littérature européenne ne pourra avoir lieu que si se manifeste une volonté politique forte, ce en faveur de quoi les membres du Réseau universitaire « Lettres Européennes » militent depuis maintenant plusieurs années auprès des parlementaires nationaux et européens[48]. Pourtant, on ne peut qu’être frappé du décalage régnant entre le niveau d’exigence des sources que nous venons d’analyser et l’importance réelle accordée à l’heure actuelle dans les classes à la littérature et aux langues étrangères : « La connaissance d’une langue ne se réduit pas à sa maîtrise en tant qu’instrument de communication », déclare Jacques Legendre dans son préambule. Or, si l’on considère le cas français, on constate que l’apprentissage des langues s’y est bel et bien généralisé, mais également qu’il s’oriente toujours davantage vers un enseignement purement communicationnel qui court le risque d’être vidé de son contenu culturel. On est donc en droit de se demander s’il ne s’agit pas là de simples formules.

En réalité, le nœud du problème se situe probablement ailleurs, à savoir dans l’intensité du sentiment européen éprouvé par les individus. Dans ce cadre, l’élargissement de l’Union européenne à 27 nations est indéniablement venu compliquer la donne[49]. Mais peut-être n’est-ce là que la vision d’esprits chagrin ? L’arrivée de pays culturellement moins uniformisés, pourrait au contraire s’avérer féconde et être à l’origine d’une identité européenne inédite qui proviendrait directement du travail de retissage d’identités morcelées, fracturées, voire disparues avec l’Union soviétique. La volonté de se reconstruire individuellement, en dehors de la nation, de la religion ou d’un discours collectiviste n’entre pas forcément en contradiction avec l’acceptation d’une identité européenne. Telle est du moins la thèse optimiste défendue récemment sur l’antenne de France Culture par Anne-Marie Autissier et Jean Hurstel[50]. De même, selon Lluis Bonet et Emmanuel Négrier, l’imbrication des politiques culturelles nationales à une échelle plus grande (européanisation, globalisation) ou plus petite (décentralisation) ne signifie pas pour autant leur limogeage, mais simplement la fin de leur centralité[51]. Enfin, du fait de l’utilisation de nouveaux moyens technologiques, mais également de la libre circulation des personnes, l’histoire personnelle des artistes s’inscrit de plus en plus dans celle de l’Europe, elle est donc de facto toujours davantage « intégrée » :

En Europe, nous ne pourrons pas, nous ne pouvons plus échapper à cette condition d’étrangers, qui s’ajoute à notre identité originaire, en devenant la doublure plus ou moins permanente de notre existence.[52]

Julia Kristeva propose ici de troquer le culte de l’identité contre celui de la quête identitaire, idéal dont elle convient qu’il est à la fois subtil et fragile. L’identité européenne qui en découlerait pourrait alors se concevoir comme une série d’identités jamais fixées, toujours en mouvement. Elle n’exigerait pas que l’on abandonne ses identités antérieures pour devenir européen, elle serait une identité supplémentaire, démultipliée, ad hoc, conviée en fonction de l’endroit où l’on arrive, où l’on travaille et d’où l’on repart, bref une valeur ajoutée. Reste à savoir si ce principe mouvant, changeant, insaisissable ne signifie la mise en péril de l’idée même de canon, notion qui implique bien qu’à un instant donné les choses soient figées afin d’être institutionnalisées.


* IEP de Strasbourg.

[1] Les « Rencontres pour l’Europe de la culture » ont été organisées par le ministère de la Culture français. Elles succédaient à la conférence réunie par le chancelier Gerhard Schröder à Berlin les 26 et 27 novembre 2004 et précédaient les rencontres de Budapest du 17 au 19 novembre 2005. Cf. Françoise PLOQUIN, « Pour une Europe de la culture », in Le français dans le monde, n° 340, juillet-août 2005. Article en ligne : www.fdlm.org.

[2] L’intégralité de la déclaration est consultable en ligne : www.culture.gouv.fr/culture/actualites.

[3] Dans leur « fiche pratique » sur la culture, les animateurs du site www.eurosduvillage.com soulignent que, malgré le volontarisme affiché, la place attribuée à la culture dans les politiques européennes reste marginale. Avec un budget ne représentant que 0,03 % du budget total, soit 7 centimes par citoyen et par an, l’Europe était en 2007 encore nettement moins engagée que les autres acteurs publics, tels que les États et les collectivités locales.

[4] Les bases légales posées par l’article 128 du Traité de Maastricht, puis le Traité d’Amsterdam ont permis un effort qui s’est d’abord traduit par des actions expérimentales. Trois programmes ont été créés en 1996 par la Commission européenne : « Kaléidoscope » pour les spectacles vivants et les arts plastiques, « Ariane » pour le livre et la lecture et « Raphaël » pour la conservation et la valorisation du patrimoine à dimension européenne. Dès l’origine cependant, la faiblesse du nombre de projets financés a suscité de vives critiques. Voir la description des évolutions en la matière chez Anne-Marie AUTISSIER, L’Europe culturelle en pratique, éditions de l’Association française d’action artistique, Paris, 1999, p. 14-18.

[5] Odile Chenal note que bien que les politiques culturelles nationales divergent fortement d’un pays européen à l’autre, les problématiques auxquelles elles doivent faire face lors de leur mise en œuvre sont un peu partout les mêmes : nécessité de créer de la cohésion sociale, de s’adapter au processus de décentralisation et de privatisation, de composer avec la rivalité entre le ministère de la Culture et celui des Affaires étrangères. Or, malgré ces points communs, les frilosités en matière de coopération entre pays persistent. Cf. O. CHENAL, « L’Europe et la culture : combien de politiques ? », in Thierry FABRE (dir.), « Fin(s) de la politique culturelle », La pensée de midi, n° 16, éditions Actes Sud, Arles, octobre 2005, p. 66-67.

[6] Extrait cité par AUTISSIER (note 4), L’Europe culturelle en pratique, p. 14.

[7] Cf. CHENAL (note 5), « L’Europe et la culture : combien de politiques ? », p. 68. Il s’agit de l’article 151 du Traité de Nice.

[8] C’est ce qu’illustre l’avant-propos des actes du colloque Europe § Culture qui s’est tenu en 1994 à Sarlat. Les auteurs y soulignent qu’il n’est pas question dans le Traité de Maastricht de « culture européenne », mais de « culture des peuples et des Etats membres », ce qui laisse à chacun le soin d’interpréter son contenu selon ses propres valeurs. Partant de là, les auteurs déclarent le concept de culture européenne « non opératoire ». Cf. AMILCAR (dir.), Europe § Culture. Un enjeu pour le développement local, éditions Apogée, Rennes, 1995, p. 28.

[9] Article en ligne : www.eurosduvillage.com.

[10] Cf. François MATARASSO/Charles LANDRY, Politiques culturelles : vingt et un enjeux stratégiques, éditions du Conseil de l’Europe, Strasbourg, 1999, p. 17. Bien que l’on dispose d’encore peu de données sur le sujet, différentes enquêtes et travaux établissent qu’il existe un lien direct entre participation culturelle, participation citoyenne et cohésion sociale. Cf. Dick STANLEY (dir.), Réflexions sur la fonction de la culture dans la construction de la citoyenneté, éditions du Conseil de l’Europe, Strasbourg, 2006, p. 9.

[11] Citons pour exemple le recueil « L’Europe en poésie. De l’école au lycée » édité par le ministère de l’Education nationale français. Celui-ci rassemble en langue originale et en traduction française deux poèmes choisis par chaque État membre au sein de son patrimoine littéraire. Autre initiative : le service de traduction de la Commission européenne a lancé cette année un vaste programme de masters européens de traduction afin d’offrir des formations dans toutes les langues officielles de l’Union.

[12] Texte intégral : www.feljeu.eu.

[13] Texte intégral : http://assembly.coe.int.

[14] Guy FONTAINE/Annick BENOIT-DUSAUSOY, Lettres européennes. Manuel d’histoire de la littérature européenne, éditions De Boeck, Bruxelles, 2007. Guy Fontaine est par ailleurs président du Réseau universitaire « Les Lettres Européennes ».

[15] Ce prix ne doit pas être confondu avec le Prix du livre européen, créé en 2008 et qui en est en quelque sorte le pendant historique.

[16] Article en ligne : www.feljeu.eu.

[17] Les ouvrages émanant des travaux initiés par le Conseil de l’Europe insistent tous sur la nécessité de se doter d’instruments de mesure et de collecte de données communs et plus performants. Cf. La culture au cœur. Contribution au débat sur la culture et le développement en Europe, éditions du Conseil de l’Europe, Strasbourg 1998, p. 323 et STANLEY (note 10), Réflexions sur la fonction de la culture dans la construction de la citoyenneté, p. 51.

[18] Il s’agit d’une assemblée purement consultative, pas d’un organe capable de légiférer.

[19] Cette manifestation s’est tenue au Sénat de Paris le 11 décembre 2007. Source en ligne : www.senat.fr

[20] Ibid.

[21] Le souci des langues de moindre diffusion est semble-t-il une spécificité des politiques éditoriales menées en France. Cf. Anne MAGNANT, « Diversité culturelle et politiques linguistiques en Europe », in Julia KRISTEVA/Frédéric OGÉE (dir.), Europe des cultures et culture européenne : communauté et diversité, Hachette, Paris, 2008, p. 102.

[22] On peut citer pour exemple le projet Europeana de la Bibliothèque Nationale de France qui rassemble des œuvres classiques au sein d’une vaste bibliothèque numérique afin de faciliter l’accès du public aux grandes références culturelles et littéraires européennes. Cf. MAGNANT (note 21), « Diversité culturelle et politiques linguistiques en Europe », p. 108.

[23] Pour se faire une idée de ce qui se passe en matière d’éducation à la culture européenne en Roumanie, on pourra consulter le chapitre fort instructif « Pédagogie et Europe des cultures » in Doina SPITA (dir.), Europe des cultures, culture de l’Europe. Actes des Journées de la francophonie VIIème édition du 13-16 mars 2001, éditions universitaires « Alexandru Ioan Cuza », Iaşi, 2002.

[24] Cf. Lluis BONET/Emmanuel NEGRIER, La fin des cultures nationales ? Les politiques culturelles à l’épreuve de la diversité, éditions La Découverte/PACTE, Grenoble, 2008, p. 11.

[25] En l’occurrence, le pluriel a été choisi afin de vaincre l’hostilité des universitaires britanniques très attachés à la notion de « littérature mondiale ». On pourra cependant constater dans un ouvrage sur le sujet paru récemment que les contributeurs ont recours dans leur majorité au singulier. Cf. Tania COLLANI/Peter SCHNYDER, Critique littéraire et Littérature européenne, L’Harmattan, Paris, 2010.

[26] MAGNANT (note 21), « Diversité culturelle et politiques linguistiques en Europe », p. 103-104.

[27] Cf. Julia KRISTEVA, « Existe-t-il une culture européenne ? », in KRISTEVA/OGÉE (note 21), Europe des cultures et culture européenne, p. 12.

[28] L’ouvrage de 2007 est une édition remaniée du manuel Lettres européennes : Histoire de la littérature européenne conçu par les mêmes auteurs et paru chez Hachette éducation en 1992.

[29] Les pays figurant au sommaire et ne faisant pas partie de l’Union Européenne sont l’Albanie, la Confédération helvétique, la Bosnie, la Yougoslavie, les États baltes, la Georgie, l’Islande, la Moldavie, Monaco, la République de Macédoine, la Russie ex-URSS, la Serbie, la Turquie et l’Ukraine.

[30] La première version de Lettres européennes a été traduite en Pologne, aux Pays-Bas, en Angleterre et en Grèce ; celle de 2007 au Portugal et en Lettonie. Source : entretien téléphonique avec Guy Fontaine du 01.04.2010.

[31] Ainsi l’édition française se penche sur l’écrivain, poète et dramaturge Joost van den Vondel, créateur de la langue et du théâtre classique hollandais ou encore permet de découvrir les chants traditionnels appelés « dainas » qui, à la manière de l’Iliade et de l’Odyssée, ont été les vecteurs de la culture lettone à travers les siècles.

[32] Les pays cités une seule fois sont l’Albanie, la Bosnie, la Croatie, la Finlande, la Géorgie, l’Irlande, la Moldavie, Monaco, la République de Macédoine, la Roumanie, la Serbie, la Slovaquie, la Turquie et l’Ukraine. On constate que cette liste recoupe en partie celle des pays européens ne faisant pas partie de l’Union.

[33] Ingeborg Bachmann n’apparaît pas en revanche.

[34] Les auteurs allemands les plus cités par les enseignants français sont : Goethe, Schiller, Heinrich Heine, Stefan Zweig, Wladimir Kaminer, Patrick Süskind, Thomas Mann, Max Frisch, Friedrich Dürrenmatt et Siegfried Lenz. Ce « canon » a été présenté lors de la journée d’étude « Canon scolaire et pratiques d’enseignement » organisée le 9 juin 2009 à l’université Lyon I.

[35] Force est de constater que les manuels d’apprentissage de l’allemand utilisés en France ne reprennent pas ce canon dans leur majorité. Des auteurs présentés par Lettres européennes, on ne retrouve que Goethe et Heine. Ceci tient au fait que les sources utilisées auprès des élèves du secondaire ne proviennent plus au premier chef de la littérature classique .

[36] Kiki DIMOULA, Mon dernier corps, trad. Michel Volkovitch, éditions Arfuyen, Paris Orbey, 2010.

[37] La poésie est le moyen d’expression privilégié par l’Espagnol et la Grecque, tandis que le Finlandais et le Polonais y ajoutent le roman pour l’un et le théâtre pour l’autre. Chez l’Allemand, c’est avant tout la grande perméabilité des frontières entre les genres qui frappe.

[38] Antonio GAMONEDA, Clarté sans repos, trad. Jacques Ancet, éditions Arfuyen, Paris Orbey, 2006.

[39] Bo CARPELAN, Dehors, trad. Pierre Grouix, éditions Arfuyen, Paris Orbey, 2007.

[40] Tadeusz ROZEWICZ, Regio : et autres poèmes, trad. Claude-Henry du Bord et Christophe Jezewski, éditions Arfuyen, Paris Orbey, 2008.

[41] Cf. Avant-propos des traducteurs, in Tankred DORST, Le voyage à Stettin, trad. Hélène Mauler et René Zahnd, éditions Arfuyen, Paris Orbey, 2009, p. 9.

[42] Ibid.

[43] Pierre BOURDIEU, Les Règles de l’art. Genèse et structure du champ littéraire, éditions poche du Seuil, 1998, p. 357 : « Il s’ensuit qu’il n’est rien qui divise plus clairement les producteurs culturels que la relation qu’ils entretiennent avec le succès commercial ou mondain […] : reconnu et accepté, voire expressément recherché par les uns, il est refusé par les défenseurs d’un principe de hiérarchisation autonome en tant qu’attestation d’un intérêt mercenaire pour les profits économiques et politiques. Et les défenseurs les plus résolus de l’autonomie constituent en critère d’évaluation fondamental l’opposition entre les œuvres faites pour le public et les œuvres qui doivent faire leur public. »

[44] Source en ligne : http://www.arfuyen.fr.

[45] Cf. La Culture au cœur (note 17), p. 69.

[46] Cf. KRISTEVA/OGÉE (note 21), Europe des cultures et culture européenne, p. 8.

[47] A l’autre « bout de la chaîne », l’Académie de Lille propose depuis septembre 2009 l’option « Lettres et Cultures d’Europe » à des élèves de seconde. En complément, des auteurs européens accueillis dans le cadre de résidences pérégrines sont invités à intervenir en milieu scolaire. Ce réseau réunit France, Belgique, Lettonie et Pologne et bénéficie du soutien du programme Citoyenneté de la Direction générale Education et Culture de l’Union européenne.

[48] D’après Guy Fontaine, la recommandation Legendre de 2008 pourrait être suivie d’effets dans le cadre de la réforme des lycées Descoings dont le rapport a été remis au Président de la République française le 2 juin 2009. Celle-ci prévoirait en effet un module d’exploration de la littérature et de la société européenne. Rien de tel n’apparaît pourtant sur le site officiel. Source internet : http://blog.lyceepourtous.fr.

[49] En mettant en scène des artistes souhaitant apporter leur contribution au « canon culturel » de l’Europe, la pièce de David Lescot L’Européenne illustre de manière burlesque l’une des originalités – et des difficultés – de l’Union, à savoir l’absence de langue véhiculaire et de limitation du nombre des langues de travail. Chargés de réécrire son hymne, les personnages se retrouvent pris dans l’imbroglio des vingt-trois langues parlées en son sein. Extrait vidéo consultable en ligne : you tube ntfi L’Européenne.

[50] Les ouvrages dont il était question sont les suivants : Anne-Marie AUTISSIER, L’Europe des festivals : de Zagreb à Edimbourg, points de vue croisés, éditions de l’Attribut, Toulouse, 2008 et Jean HURSTEL, Une nouvelle utopie culturelle en marche ? : essai sur une autre vision de l’action culturelle en Europe, éditions de l’Attribut, Toulouse, 2009.

[51] Cf. BONET/NEGRIER (note 24), La fin des cultures nationales ?, p. 210.

[52] Cf. KRISTEVA (note 27), « Existe-t-il une culture européenne ? », p. 16.

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